©Aurélie Pétrel, Capture d’écran, fichier source Chambre à Tokyo, 2017
Aurélie Pétrel
16/11/17 - 12/12/17

Vernissage jeudi 16.11.17 à partir de 18h30

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Au tout début des années 2000, Dominique Baqué soulignait dans La photographie plasticienne que les pratiques photographiques puisaient depuis les années 60 leurs sources dans les caractéristiques du médium pictural et établissaient un dialogue assidu et fécond avec la peinture. Un siècle plus tôt le pictorialisme témoignait déjà de la constance de ce lien historique entre ces deux frères ennemis. Tout en perpétuant cette filiation, la photographie est devenue un médium caméléon qui entretient des rapports étroits avec tout type de pratique artistique et se nourrit des modalités d’expression utilisées par ses voisins. Cette particularité participe de l’interaction des médiums qui alimente la scène artistique depuis le début du siècle, dans une association de plus en plus étroite avec les espaces d’exposition. Ces transformations nous débarrassent du caractère sacré de la photographie, tout en réactualisant ses usages. La photographie s’est émancipée du lien devenu stérile avec le seul modèle pictural, elle a quitté la blancheur des cimaises et s’installe au centre de l’espace. La réflexion d’Aurélie Pétrel s’inscrit au cœur de ce mouvement et poursuit la complicité que le médium photographique n’a cessé d’entretenir avec les autres médiums ; elle instaure une interdépendance entre une pratique de l’installation et la photographie, celle-ci est attestée par l’installation, qui de son côté trouve sa légitimité à travers la photographie qu’elle accueille.

Aurélie Pétrel conserve dans son atelier un fonds de plusieurs centaines d’images réalisées au fil de sa pratique photographique, des images qu’elle définit comme des prises de vues latentes. Elles ne sont pourtant pas littéralement latentes, comme dans le procédé photographique traditionnel, lorsque le support argentique a été sensibilisé à la lumière et attend d’être développé. Son fonds se distingue également d’un dispositif de stockage numérique constitué d’une mémoire totalisatrice qui accumule de façon continue des images anonymes. L’artiste prélève des photographies dans ce fonds, elle les active en leur attribuant un support inédit (verre, plexiglas, bois, etc). Elle remplace la platitude quasi immatérielle d’une photographie, par des installations qui manifestent leur place dans l’espace. Les photographies activées une première fois restent présentes dans le fonds de l’artiste, elles peuvent réapparaître dans des expositions futures, à la lumière d’une réactivation inédite. Dans l’espace d’exposition, l’œuvre a besoin d’un sol autant que de murs, un plan horizontal et un plan vertical qui circonscrivent sa situation. Les arêtes des murs jouent un rôle de vecteurs directeurs et ont fonction de portée musicale, le support des images devient la matière d’un dispositif scénographique, l’œuvre est une partition qui se joue in situ, dans le lieu d’exposition.

L’installation ne peut être conçue sans une reconnaissance préalable de la photographie dont elle active le sens, elle renouvelle et élargit les champs de lecture de l’image. Les photographies ne font plus l’objet d’un simple accrochage, elles ne sont plus nécessairement fixées au mur, elles s’ancrent dans l’espace ou se retrouvent simplement posées, comme les reliques d’une exposition en transit. Notre rapport à la photographie s’en trouve radicalement bousculé, l’artiste nous amène à expérimenter de nouveaux modes de perception, elle nous confronte à un désordre apparent (Partition Fukushima #2, 2014) ou nous laisse nous déplacer autour de l’image (Chambre à Tokyo, 2011). Les scénographies d’Aurélie Pétrel sont illusoirement temporaires et nonchalantes, elles rendent l’espace évolutif, flexible, instable, et certaines de ses pièces accentuent la précarité de l’accrochage. À travers la mise en situation des étapes de montages, Aurélie Pétrel engage un dialogue autour de la matérialité de l’œuvre d’art, de sa fragilité, et invite le spectateur à considérer les questions liées à sa conservation et sa circulation.

Marie Kaya

 
Avec le soutien de la DRAC Rhône Alpes, de la ville de Saint-Étienne et de la région Auvergne Rhône Alpes.
Les Limbes est membre du réseau Adele (adele-lyon.fr)

 

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